Ouvrir les portes de l’Union aux immigrés qualifiés
: telle pourrait être la solution aux problèmes démographiques d’une
Europe vieillissante. Le Commissaire européen Franco Frattini a
récemment proposé d’introduire une « carte bleue » européenne, sur le
modèle de la carte verte américaine. Objectif : faire concurrence aux
Etats-Unis, qui attirent la majorité des personnes qualifiées des pays
tiers. Est-ce une bonne idée ? Deux députés qui travaillent sur les
questions d’immigration répondent.
L’Europe
vieillit. Les projections indiquent qu’en 2050, un tiers des européens
aura plus de 65 ans. Pour payer la retraite de chaque européen retiré
de la vie active, il faudra deux travailleurs -contre quatre
aujourd’hui.
Comment anticiper ce phénomène, alors que la population est à la baisse ? « Le défi est d'attirer les travailleurs nécessaires pour faire face à des pénuries spécifiques »,
a répondu Franco Frattini, vice-président de la Commission chargé de la
justice, de la liberté et de la sécurité, dans un discours à Lisbonne,
le 13 septembre dernier. Pas moins de 20 millions d'immigrés qualifiés
seraient nécessaires pour répondre aux besoins.
Une carte bleue pour attirer les immigrés qualifiés
Or,
l'Europe en est loin. Selon les statistiques données par le Commissaire
européen, 55% des immigrés titulaires d'un diplôme universitaire
choisissent de résider aux Etats-Unis -seuls 5% choisissent l’Europe.
Au contraire, l'Europe accueille 85 % de ceux qui n'ont pas fait
d'études supérieures. Pour faire concurrence aux Etats-Unis, l’UE
cherche donc de nouvelles méthodes. Comme par exemple offrir un permis
de séjour aux travailleurs qualifiés, sur le modèle de la carte verte
américaine.
La « carte bleue européenne »
serait ainsi accordée pour une période initiale de deux ans et
donnerait aux immigrants le droit de travailler dans un Etat membre.
Après cette période initiale, ils pourraient aller travailler, dans
certaines conditions, dans un autre Etat européen -ce qui reste
difficile actuellement. Ils pourraient enfin accumuler ces différentes
périodes de séjour pour obtenir le statut de résident de longue durée.
Ces
travailleurs qualifiés bénéficieraient par ailleurs des mêmes droits
-conditions de travail, sécurité sociale- que les européens.
« Un premier pas dans la bonne direction », pour les députés européens
La
députée italienne Lilli Gruber (PSE) est l’auteur d’un rapport sur
l’immigration légale, débattu mercredi en plénière. Elle juge que la
proposition de « carte bleue » est un « premier pas dans la bonne direction, même s’il demeure timide ». Si la préférence communautaire reste appliquée dans de larges secteurs de l’économie, «
il est indiscutable qu’il existe une demande de compétences spécifiques
- variable d’un pays à l’autre- qui ne rencontre pas d’offres adéquates
à l’intérieur de l’UE. Dans ces cas, il est normal d’ouvrir les portes
de l’Europe », estime-t-elle.
Même
opinion chez le député espagnol Javier Moreno Sanchez, qui voit dans
cette proposition un moyen de contrer l’immigration clandestine et le
trafic d’êtres humains. Il est l’auteur d’un rapport sur la politique
de lutte contre l’immigration illégale. Mais pour lui, cette carte
n’est qu’un premier pas : « avec cette carte, on se concentre sur
les travailleurs qualifiés. Mais il faudra aussi établir un statut
commun pour le reste des travailleurs immigrés, dont nous avons autant
besoin, tant d’un point de vue démographique qu’économique ».
Le dilemme de la fuite des cerveaux
Mais
une Europe qui attire les personnes qualifiées des pays tiers
n’est-elle pas une Europe qui favorise la fuite des cerveaux, dans des
pays qui ont besoin de leurs élites ? Pour Lilli Gruber, l’Europe devra
faire attention « à ne pas piller les réservoirs de talents de pays qui en ont besoin, sans rien offrir en échange ». Il faudra donc soutenir les démocraties et les économies fragiles de ces pays.
Pour
Javier Moreno Sanchez également, des mesures devront empêcher la fuite
des cerveaux. La promotion de la « migration circulaire » est, selon
lui, un bon exemple : elle « permet de former les travailleurs qualifiés et de leur offrir des aides au rapatriement », pour qu'ils puissent faire profiter de leurs expériences les citoyens de leur pays d’origine.
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